Après le succès de sa version illustrée d’Othello, Julien Delval retourne sur les terres de William Shakespeare, afin de nous offrir sa vision personnelle de l’un des plus beaux écrits du Barde britannique : Le Songe d’une nuit d’été. Les différentes versions du livre sont actuellement disponibles en précommande sur LiberDistri.com. 📚
Pour notre partenaire Thomas Olivri (de Geek-Art), c'était l’occasion parfaite de poser quelques questions à Julien Delval, cet artiste peintre maître du fantastique. Leur entretien est juste ci-dessous, alors asseyez-vous confortablement et prenez une tasse de café. Bonne lecture ! ☕
👉 Pour rappel, ce projet a été financé grâce à une campagne Kickstarter. Cliquez juste ici pour en savoir plus à ce sujet.
Interview réalisée par Geek-Art
Tout d’abord, pourrais-tu te présenter brièvement à nos lecteurs ? D’où viens-tu, où travailles-tu… Et comment es-tu tombé dans l’illustration ?
Je suis peintre illustrateur. J’ai 54 ans. Je suis né à Paris, où j’ai étudié aux arts décoratifs. Je travaille depuis de nombreuses années dans le milieu de l’édition de jeux de rôle, de jeux de société, de romans de l’imaginaire et de bande dessinée. Parallèlement, je développe mon univers personnel à travers de grandes peintures. Mes parents sont auteurs pour la jeunesse, il y a donc toujours eu beaucoup de livres et d’images autour de nous. Ils connaissaient aussi des peintres et des sculpteurs. Mon environnement était donc propice à des envies artistique. J’ai toujours dessiné et je savais, depuis très jeune, que ce serait mon métier plus tard.
Illustration de Julien Delval
Comment décrirais-tu ton univers graphique ? Comment as-tu réussi à le « trouver » et dans quelles circonstances t'es-tu dit : « ça y est, je veux faire ça toute ma vie » ?
Enfant, je dessinais de tout. J’ai vite dévoré de la BD et c’est ça que j’ai d’abord voulu faire. Ensuite, près de mon lycée, j’ai découvert une boutique de jeux de rôle avec, en vitrine, des tas de figurines fantastiques et d’ouvrages illustrés. Je lisais alors Le Seigneur des Anneaux et écoutais L’Empire de Tohol de W. Sheller. C’est à ce moment que je suis tombé amoureux de la fantasy. J’ai mis du temps avant de trouver mes univers de prédilection. C’est en illustrant le jeu de rôle Agone que j’ai commencé à voir des pistes. Puis, en ayant l’opportunité (assez tard dans ma carrière) de peindre ce que je voulais, je me suis épanoui dans ce style qui explore la peinture classique de ruines et de paysages, en la mixant avec de la mythologie fantastique et des influences plus modernes issues de l’imaginaire.
Illustration de Julien Delval
Quel avis donnerais-tu aux jeunes qui ont envie de devenir illustrateur ?
Je leur dirais de beaucoup dessiner, d’être patient, d’être curieux. D’aller voir des expositions. D’accepter son style et de le cultiver. Et d’apprendre l’anglais !
Illustration de Julien Delval
Quelle est ta vision du métier et de ses difficultés ?
Je pense que le métier a pas mal évolué depuis mon époque, avec l’apparition des réseaux sociaux et des nouveaux supports artistiques. Et la disparition d’autres supports, comme les fanzines, qui permettaient aux artistes novices de faire leurs débuts. Aujourd’hui, nous sommes en « compétition » avec le monde entier et il faut être bon tout de suite. Au quotidien, c’est un métier de solitaire ; il faut être bien avec soi-même.
Le plus dur, au début, c’est de s’y mettre. Le plus dur, ensuite, c’est de s’arrêter ! Je n’aime pas trop l’administratif, mais, aujourd’hui, avec Internet et les différents logiciels, c’est beaucoup plus simple.
C’est un métier de liberté, mais aussi d’incertitude. Il faut tisser un réseau et savoir se diversifier.
Illustration de Julien Delval
L’IA est sur toutes les lèvres et tous les réseaux. Je dois t’avouer que, de mon côté, c’est quelque chose que j’abhorre pour tout un tas de raisons. Quel est ton avis sur la question ?
Vaste sujet. C’est un outil surpuissant qu’il faut à tout prix légiférer, limiter et dompter. Dans certains domaines, il est peut être utile ; dans celui de l’art, je reste très sceptique. J’ai peur que les petits jobs pour jeunes illustrateurs soient confiés aux IA pour des raisons économiques et que cela les décourage.
Ma plus grande inquiétude est le besoin astronomique en énergie et en eau de l'IA, qui se fera au dépend de la planète et des zones les plus pauvres. Son seul avantage, c’est qu’elle va nous obliger à développer notre côté humain, à trouver des moyens de partager entre nous la pratique artistique. Faire de l’art réel, du vivant.
Illustration de Julien Delval
Quelle est la pièce favorite de ton portfolio et pourquoi ?
Sans doute Le peuple des Acanthes. Elle mélange bien toutes mes influences : art classique, créatures fantastiques, ornement végétal... Il manque juste un élément architectural !
Illustration de Julien Delval
Quelles sont tes sources d’inspiration ?
Je les ai déjà évoquées, mais, aujourd’hui, c’est surtout la peinture classique et romantique. J’adore des peintres comme Turner, Brueghel, Delacroix, Rubens, Tiepollo, Robert, Church… mais j’en découvre tous les jours de nouveaux.
Depuis mon enfance, je suis nourri par la bande dessinée (Tardi, Druillet, Franquin, Uderzo) et par le cinéma. Le tout catalysé par la musique et la poésie !
Illustration de Julien Delval
Enfin, peux-tu nous en dire plus sur la campagne Kickstarter de A Midsummer Night’s Dream ? Quelle est ta relation à Shakespeare en tant qu’artiste ? Comment as-tu appréhendé le projet ?
Nous avions déjà lancé, avec les éditions Caurette, un financement participatif en 2022 pour la version illustrée d’Othello. Il était prévu que j’en ferais d’autres par la suite, pour créer une sorte de collection. Cela a pris un peu plus de temps que prévu pour lancer le second ouvrage. Passer par Kickstarter nous permet de proposer une production de belle qualité. Le choix du Songe d’une nuit d’été s’est facilement imposé à moi, tant j’aime la féerie et l’imaginaire. Le prochain sera La Tempête, plein de créatures fantastiques également.
Shakespeare a été de nombreuses fois illustré ; les versions les plus notables sont celles de Rackham et Dulac. J’adore ces illustrateurs et j’ai voulu, humblement, les suivre.
J’ai découvert les pièces de Shakespeare, en premier lieu, au cinéma. Les adaptations de Kenneth Branagh sont délicieuses. Celle de Roméo et Juliette par Baz Luhrmann est très sympa, le texte est tellement magnifique. Puis, j’ai eu la chance d’assister à des représentations en plein air dans les jardins des écoles de Cambridge : un vrai délice.
Pour illustrer Le songe d’une nuit d’été, je commence par lire le texte et par noter toutes les scènes qui m’évoquent une image. Ensuite, je réalise de multiples crayonnés, avant de me décider sur les illustrations que je vais réaliser. À l’aide de nombreuses documentations, je commence à dessiner les costumes et les créatures, puis le travail de peinture commence.
Je voulais justement retrouver la « vibe » que j’avais mise dans ma peinture Le Peuple des Acanthes. Mon style en plans successifs marche bien pour du décor de théâtre. Des dessins au trait viennent s’ajouter pour faire mieux vivre la maquette finale du livre. Franck Achard, avec qui je travaille étroitement, a fait, encore une fois, un travail remarquable.
Mon grand plaisir pour ce type de projet est d’en être l’investigateur et d’être totalement libre dans la création, sous le regard bienveillant des éditions Caurette, qui se chargent de la correction, de la production et de la distribution.
Illustration de Julien Delval
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