Aujourd'hui, nous vous présentons une interview exclusive de l'artiste Xaxaxa, réalisée par notre super partenaire Geek-Art (et, plus précisémment, par Thomas Olivri) !
L'entretien a été mené dans le cadre de la campagne de financement participatif lancée par Caurette et Xaxaxa ; celle-ci vise à vous proposer une réédition de l'artbook Xaxaxa Illustrations. Vous pouvez d'ailleurs retrouver plus d'informations au sujet du livre depuis Kickstarter ou directement depuis LiberDistri.com.
Bref, vous pouvez vous asseoir confortablement et prendre une tasse de café, car ça va être passionnant ! Bonne lecture !
Tout d’abord, pourrais-tu te présenter brièvement à nos lecteurs ? D’où viens-tu, où travailles-tu…
Je suis Xavier Houssin, aka « Xa » ou encore « Xaxaxa », je viens du Nord et je travaille aujourd’hui chez moi, à Lille, je n’ai donc pas beaucoup bougé. Je suis surtout connu pour avoir été lead character-designer et directeur artistique chez Ankama, sur pas mal de projets. Je peux citer le mmorpg Dofus, le long métrage Dofus, le retour de Julith, le jeu et la série animée Wakfu, Krosmaga et Waven. Après 14 ans à Ankama, je suis passé freelance pour me consacrer à des projets de moins grande ampleur, mais plus personnels. Après avoir travaillé en tant que character-design sur le jeu indépendant Young Souls, j’ai ouvert un Patreon et un Gumroad (plateformes de financement) pour dessiner des pin-ups de style « manga ». À mes heures perdues, j’aime aussi développer des mini jeux vidéo.
Illustration de Xaxaxa
Et comment es-tu tombé dans l’illustration ?
Fasciné par les graphismes de jeux vidéo, je dessinais déjà un peu en m'inspirant de ceux-ci, et je bricolais des petites animations sur Amiga avec le logiciel Deluxe Paint, mais c'est la redécouverte des animes qui a créé chez moi cet engouement pour le dessin, avec la venue en France d'animes tels que Porco Rosso, Akira, Les Chroniques de la guerre de Lodoss, et de mangas tels que Vidéo Girl Aï, Dragon Ball, Dr Slump. J'étais en terminale de génie mécanique, et travailler dans le milieu du jeu vidéo ou de l'animation n'était encore qu'un doux rêve. J'ai, malgré tout, continué à dessiner tout en poursuivant mes études jusqu'à l'obtention de mon BTS en Conception de produits industriels. Ce secteur industriel m’intéressant de moins en moins, j'ai bassiné mes parents pour qu'ils m'autorisent à faire une formation en infographie d'un an. Le contenu de cette formation était assez rudimentaire, mais côtoyer des élèves aussi fous de jeux vidéo et d'animes que moi m'a permis de m'émanciper dans ce domaine.
Comment décrirais-tu ton univers graphique ? Comment as-tu réussi à le « trouver » et dans quelles circonstances tu t’es dit : « ça y est, je veux faire ça toute ma vie » ?
Mon univers graphique est forcément tiré de mes diverses influences, à commencer par ce qui vient du Japon. Pour mon travail à Ankama, j’ai été très influencé par Akira Toriyama (Dragon Ball) pour le coté décalé, jamais trop sérieux. Mon artbook Capcom (Street Fighter) n’était également jamais très loin, pour m’inspirer de leur manière de traiter l’anatomie ou de poser leurs personnages de façon dynamique et exagérée. J’ai également fait beaucoup de décors en isométrique sur les jeux Dofus et Wakfu, et là mon influence venait des Final Fantasy ou encore des films Ghibli pour le traitement des couleurs.
Je ne sais pas si l’on « trouve » un style du jour au lendemain. Celui-ci évolue au grès des influences et projets sur lesquels on travaille. Cela dit, le style a commencé à se forger quand je suis arrivé a Ankama (j’avais déjà 25 ans). Comme je ne savais pas encrer ni vraiment dessiner, j’utilisais le logiciel Flash, qui un logiciel de dessin vectoriel (à l’instar de Adobe Illustrator) pour les illustrations. Cela permettait à la fois de se passer d’encrage traditionnel, d’homogénéiser le style entre nous, et de donner ce côté identifiable aux productions Ankama.
Quant au moment où je me suis dis « ça y est, je veux faire ça toute ma vie », c’est précisément quand j’ai découvert l’anime Les Chroniques de la guerre de Lodoss. J’étais tellement subjugué par le style de dessin que je me suis immédiatement mis à dessiner le soir même, jusqu’à ne plus jamais m’arrêter.
Illustration de Xaxaxa
Quel conseil donnerais-tu aux jeunes qui ont envie de devenir illustrateur ?
De s’y mettre à fond ! En essayant de savoir rapidement s'ils ont un réel plaisir à dessiner. C’est un ingrédient essentiel à la réussite dans ce milieu. L’apprentissage est en effet parfois long, et si il n’y a pas une dose de passion derrière, ça peut devenir très laborieux. Je conseillerais également de ne pas rester isolé, de se rapprocher d’autres personnes qui ont les mêmes centres d’intérêt. Ça peut-être aussi via des formations ou des écoles de dessin. Et enfin, de se lancer des petits projets et défis personnels ou en équipe. C’est toujours plus motivant que de dessiner « dans le vide ». Je conseillerais aussi de s'intéresser à divers logiciels de création (3D, montage, moteurs de jeux vidéo, etc.). Le monde devient de plus en plus numérique et je pense qu’il est important d’être à l’aise avec ça.
Illustration de Xaxaxa
Quelle est ta vision du métier et de ses difficultés ?
Aujourd’hui, il est possible d’exercer dans beaucoup de médias et de milieux différents. Il y a, certes, les voies traditionnelles, telles que l’animation, le jeu vidéo ou l’édition. Mais, depuis quelques années, il y a également tout un tas de nouveaux moyens de gagner sa vie. Ça peut être en passant par des plateformes numériques pour vendre directement son travail à sa communauté. Ou alors en travaillant pour des youtubeurs, des influenceurs, etc. Par exemple, je connais des illustrateurs qui créent des designs pour des youtubeurs virtuels ("VTuber"). Les possibilités sont bien plus étendues que par le passé, mais la difficulté est qu’il y a de plus en plus de monde dans ces secteurs. La création étant devenue accessible à tous, il est difficile de se démarquer. La créativité reste de mise pour pouvoir y parvenir ! Mais il faut aussi se tenir informé des nouveaux médias. Ça change tellement vite ces dernières années ! L’IA vient également chambouler tout ça, on en parle juste en dessous.
Illustration de Xaxaxa
Illustration de Xaxaxa
L’IA est sur toutes les lèvres et tous les réseaux. Je dois t’avouer que, de mon côté, c’est quelque chose que j’abhorre pour tout un tas de raisons. Quel est ton avis sur la question ?
Comme toutes révolutions, elle a ses bons et mauvais côtés. Je l’utilise, parfois, pour m’aider dans le codage de jeux vidéo, la traduction, pour des recherches spécifiques ou encore pour rédiger les réponses à cette interview (je plaisante ^^). Mais concernant l’IA générative, elle cause d’ores et déjà de nombreux problèmes et met clairement notre activité en péril. Nous sommes déjà inondés de visuels IA : couvertures de magazines, de romans, illustrations de jeux de société, affiches d’événements, publicités. Ce sont autant de commandes qui n’ont pas été passées auprès d’illustrateurs. À côté de ça, elle peut aussi démotiver des aspirants illustrateurs à persévérer. La concurrence humaine n’était déjà pas toujours facile à appréhender, l’IA ajoute une autre forme de concurrence, déloyale celle-ci. J’ose espérer que l’IA tournera en rond et que seul l’humain pourra apporter des vents de fraîcheur, mais je reste globalement pessimiste pour notre activité. D’autant plus que je ne crois pas une seconde qu’il y aura une réglementation à ce sujet. À toutes ces questions, il faut ajouter l'impact désastreux sur le climat et les questions éthiques relatives aux droits d'auteurs et au pillage du travail des artistes. Je sais qu'il existe déjà des IA (Loras) entrainées spécifiquement sur mon style et celui d'Ankama...
Illustration de Xaxaxa
Quelle est la pièce favorite de ton portfolio et pourquoi ?
Peut-être le "Chevalier Blanc". Je me suis bien amusé à mixer ces formes très cartoon avec un rendu réaliste. Parmi mes pin-ups, j’aime bien la "Scooter Girls", pour la raison qu’elle a été ma porte d’entrée vers la 3D. Je me suis, en effet, lancé le défi de la modéliser avec Blender. J’y suis parvenu en 3 semaines, tout en me formant, et j’ai beaucoup aimé cette expérience !
Illustration de Xaxaxa
Illustration de Xaxaxa
Illustration de Xaxaxa
Quelles sont tes sources d’inspiration ?
Akira Toriyama (Dragon Ball), Rumiko Takahashi (Lamu, Ranma 1/2, Maison Ikkoku), Takehito Harada (Disgaea), Alessandro Barbucci (SkyDoll), Capcom. J’ai aussi une belle collection d’artbooks (environ 300), qui sont une source d’inspiration infinie !